Un Avis de lecture

Antigone

By Jean Anouilh
October, 2019

«Antigone», un de mes classiques préférés, est un livre que j’ai lu au lycée et je me rappelle que ça m’avait tellement marqué que je l’ai relu en boucle.

Je l’ai relu tout récemment et mon opinion a quelque peu évolué.

Antigone de Jean Anouilh est une pièce inspirée de la mythologie grecque —on y retrouve le nom d’Œdipe et de sa tragédie mais aussi celle de ses enfants. (Par contre, je ne connais pas la version de Sophocle pour pouvoir comparer les deux). En tout cas, la version d’Anouilh m’a accompagné durant mon adolescence, et j’avais été particulièrement marquée par le personnage d’Antigone. J’y avais retrouvé beaucoup de cet idéalisme puéril et naïf de l’adolescente que j’étais mais aussi le mépris pour tout ce qui n’était pas pur, binaire. Comme Antigone, j’étais incapable de faire des compromis sur beaucoup de convictions. Heureusement, cette rigidité s’est quelque peu fléchie !

Pour résumer un peu l’histoire :

Antigone se met en tête d’enterrer son frère dont le cadavre est condamné à puer pour le punir de sa supposée traitrise, tandis que son autre frère lui a eu droit aux plus glorieuses des sépultures. Antigone voit en cela une profonde injustice qu’elle essaiera de rétablir au nom du lien familial qui les unit mais surtout par devoir moral, puis finalement —je le réalise plus aujourd’hui— par amour de la tragédie.

C’est certes une histoire triste et tragique. Mais la multitude d’interprétations possibles qui font d’Antigone soit une héroïne soit une sotte, et la personnalité de son antagoniste Créon le roi —qui se trouve être aussi son oncle— qui passe tantôt pour un tyran qui refuse un droit aussi simple que celui de sépultures, tantôt pour un homme honnête intransigeant sur le respect de la loi, font que dans cette pièce il n’y a ni “méchant” ni “gentil”.

La façon dont Anouilh fait miroiter l’idéalisme de l’une et le réalisme de l’autre apporte une complexité à la pièce dont on ne se lasse pas d’analyser. J’ai appris récemment que la pièce d’Anouilh a été présentée la première fois à Paris durant l’occupation allemande. On se demande alors pourquoi elle n’a pas été censurée vu le message patriotique qu’elle peut inspirer dans le personnage farouche d’Antigone (mais peut être aussi que les allemands se sont vus dans la victoire de Créon qui gagne à la fin en faisant condamner l’impétuosité de sa nièce).

Enfin, on peut aussi se poser la question sur les raisons pour lesquelles Anouilh a décidé d’écrire une telle pièce pendant la guerre. Pour y répondre, je suis tombée sur une citation de sa propre personne qui nous éclaire un peu :

L’Antigone de Sophocle, lue et relue, et que je connaissais par cœur depuis toujours, a été un choc soudain pour moi pendant la guerre, le jour des petites affiches rouges. Je l’ai réécrite à ma façon, avec la résonance de la tragédie que nous étions alors en train de vivre.

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