Une Nouvelle

L’Utopie Muette

January, 2011

Chapitre 1 : Petite voix.

Petite voix, j’ai peine à saisir tout ce que tu me dis, tu ne fais encore que murmurer quelques mots à peine audibles.

« Que dis-tu ?  
        (…)                             Je ne comprends pas… »

Je te sens balbutier sans que rien ne me parvienne. Ton effort se fait de plus en plus sentir mais ta voix ne porte pas plus loin. Tu es si muette…

J’imagine tes lèvres se former au gré de ces mots que tu dois prononcer, en détachant chaque voyelle, lentement, scrupuleusement, comme pour te faire comprendre vainement face à un être sourd. Et comme un être sourd, je te fixe avec des yeux inquisiteurs, interrogeant ton souffle silencieux. Petite voix, lointaine et familière, sauras-tu percer mes illusions, régler mes passions, dompter mon orgueil ?

Ta frustration a déjà consumé toute ta patience, c’est alors que tu décides d’employer une force puérile et me secoues tel une enfant au bord des larmes pour me dire l’évidence de tes propos. Ton geste n’apporte que plus de confusion à mon esprit déjà épars. Impuissante devant mon infirmité, tu continues à me secouer puis agacée, tu enfonces brutalement tes crocs humiliés dans mon âme. Je sursaute et te réponds avec lassitude :

« Je sais…     
                                        Moi aussi… »

Petite voix, lointaine et familière, tu es si loin et ma mémoire faillible et humaine a égaré ta langue. Je ne te comprends plus, je ne sais plus te répondre, calmer ta peine, exhausser ton souhait… ton seul souhait. Ton espoir finira sûrement par s’éteindre…

Petite voix, crois-tu encore en moi ?

Sauve-moi, aime-moi, libère-moi de ce corps empoisonné, de ce monde nébuleux, de ce cœur écrasé sous le poids de la culpabilité, de cet abysse qui commence à s’installer joyeusement dans mon âme, de cet espoir fou qui me consume d’atteindre la complétude. Et ne m’abandonne pas, j’ai trop peur de me noyer dans les restes grotesques d’une joie lâche et sans mérite.

Chapitre 2 : L’utopie muette.

Des cendres de ma plume solitaire, j’écris.

Douce quiétude, douce frayeur entre les murs de ma prison. Une pénombre infidèle règne sur les lieux et un air chargé d’un parfum finement délétère ajoute une touche subtile à l’admirable décor de terreur qui m’entoure. Je frissonne délicieusement. Il n’y a rien de particulier à voir, le noir a déjà tout emporté… Il fut un temps où je suppliais d’accueillir les parcelles timides de la lumière sourde et insensible. Mais l’espoir n’a plus sa place en ces lieux, mes ongles ensanglantés ayant tenté plusieurs fois de se frayer un chemin à travers ces murs rudes et glaciaux peuvent s’enorgueillir de l’expérience. Je vis dans mon cauchemar et j’ai les yeux bien ouverts. Ce monde est noir, silencieux, froid, et aujourd’hui il est mien. Je baigne délicieusement dans l’écume de ses débris, je respire savoureusement le relent écœurant de ma solitude morale, j’évolue au rythme des battements d’un cœur affolé, en perdition.

Je n’ai que ma plume. Je suis seule, et j’écris.

Ma terreur est vivante et m’inspire. Je l’aime et la haie à la fois. Elle me pousse à bout, à effleurer la folie, à célébrer la peur, d’en faire ma compagne, ma confidente, ma seule amie. Et parfois, elle me fascine.

Ma terreur. Ma muse, ma confidente, ma seule amie.

« Angoisse, chère angoisse… »

Tu me condamnes à l’exil et me force à sortir de cet emballage charnel. Qu’il est bon d’être inspirée par toi. Tes idées sont souvent gracieusement tordues et j’y réponds volontiers, sans résistance. Tu m’invites à tendre le bout de ma langue pour goûter à l’encre qui s’écoule de ma plume. Le goût est acre et amer, ce sang de mes veines desquelles ma plume creuse profondément et sans scrupules ses mots, en violant sauvagement mon cœur. Monde méchant, monde cruel… tu es, d’une façon curieuse, beau.

Mais… Chut ! Elles arrivent !

« Sssournoises… »

Elles bouleversent mon ivresse égocentrique et perturbent mon activité. Elles se rapprochent !! J’entends leurs pas dansants se faire de plus en plus proches et s’arrêter devant ma porte. J’ignore leurs « tocs-tocs » enjoués. Mon indifférence les agace. Elles insistent sur un ton mielleux, s’impatientent, s’impatientent… puis se mettent en rogne et secouent violemment ma porte en poussant des hurlements désagréables et grossiers. La porte tremble, s’ébranle. Les cris continuent, intimident, menacent. Ça crisse, ça grince, ça craque en échos contre les parois de mes réflexions.

Petites bestioles affamées, petits gloutons sauvages et pitoyables.

« Patience… »

Les cris se font soudain houleux, hystériques, fous, attestant d’une joie non contenue. La porte avait cédé. Je n’avais pas prévu de me défendre, elles ont tellement convoité mon esprit que je le leur lance presque avec mépris. Elles ne ménagent pas leur enthousiasme et se bousculent entre elles en arrachant sauvagement de grandes bouchées et les avalent sans penser à les astiquer.

« Je n’ai pas mal… 
                        Je ne crierai pas. » 

Elles continuent à me dévorer et aux sons exacerbés qu’elles poussent, je sais qu’elles s’en délectent avec ravissement. Monstrueux goinfres voraces, je m’enorgueillis presque d’être aussi appétissante. Mais elles m’affaiblissent, et j’ai encore beaucoup à écrire avec ma plume.

« Ça suffit maintenant ! »

Je me dégage avec peine de leur étreinte tandis qu’elles savourent avec appétit, les dernières bavures de mon esprit dégoulinant de leurs frimousses. Je veux qu’elles s’en aillent ! J’ai peine à les repousser, je les sens hésiter, aux aguets pour saisir la première occasion de me resauter dessus, je les entends pousser des grognements de bêtes mécontentes, mais mon ton menaçant les dissuade de retenter le coup et je sais qu’elles partent à reculons en crachant leurs frustrations.

Peu à peu, la quiétude et l’effroi reviennent agréablement dans ma cellule. Je m’affaisse sur le sol glacé, mon inspiration n’en est que rapidement embrasée et les flammes de mon génie ne tardent pas à s’élever avec ardeur. Mon sang bouillonne et consume mes textes. Je suis transportée dans un monde d’enivrement et de béatitude perverse.

J’écris…

Je décris mon monde, ma joie, ma peine… je décris l’attente. Je décris la fin indécise.

« Je dois faire vite.
                    Vite ! Vite !
                                        Elles arrivent ! Elles arrivent !»

Les bestioles ! Je les entends se précipiter, rater maladroitement quelques pas et se marcher dessus. Et dire qu’elles se veulent discrètes…

Je les imagine à leur arrivée, se frottant les mains avec des yeux en rigoles. Je ne leur accorderai pas une seule autre bouchée, j’ai besoin des résidus de mon esprit pour écrire mes dernières lignes. Mais avant même de leur avoir fait part de mon intention, elles me prennent par surprise et se jettent sur moi.

Elles me trainèrent cruellement sur le sol, et affolée, je cherche aveuglément à m’accrocher à quelque chose, mais ma cellule ne comporte que ses dalles crasseuses alors je leur demande de m’accorder quelques instants de répit. Mais, elles ne prennent même pas la peine de négocier et m’attaquent sauvagement. Furieuse, je me débats comme une folle. Mais elles sont si féroces et la faim multiplie incroyablement leurs forces. Elles continuent à me malmener d’un bout à l’autre en poussant des jubilations euphoriques mais au bout d’un moment, en serrant les dents, en refoulant mes larmes d’humiliation, j’arrive à trouver la force de contraindre mon corps meurtri, tremblant, à m’arracher de leur manège.

Une pause s’impose. Le calme fourbe qui précède la bataille sanglante. Je saisis ces quelques instants pour me chercher un abri dans un coin de ma cellule et me noie dans une tristesse profonde, jusqu’à ce que les échos de mes pleurs cessent de retentir.

Les bestioles continuent de roder autour de moi. Elles savent qu’elles finiront par le dévorer, cet esprit noyé dans le brouillard. Je serre les poings, prête à riposter. Mais à ma grande surprise, elles se calment et je les entends se réunir dans un coin de ma cellule et chuchoter entre elles. Brusquement, le silence s’impose d’un coup et je les sens se tourner lentement vers moi. Je comprends tout de suite leurs intentions. Elles veulent d’abord s’amuser. Elles adorent ça… Elles vont tourmenter, tourner finement autour de moi avec des mots savamment choisis, pour choquer mon orgueil et offenser ma dignité. Elles continueront leur manège sans s’attendrir une fois, jusqu’à me faire courber l’échine sous le poids de la douleur, me faire vomir mes plaintes et mon angoisse. J’aurais beau me débattre, je sais que je ne pourrais pas tenir bien longtemps.

Découragée, mes larmes d’humiliation ne tardent pas à couler. Je m’essuie avec rage, furieuse de m’affaiblir, et essaies de reprendre mon souffle. Je réussis à prendre une grande inspiration et à crier d’une voix enrouée, usée par la terreur.

« Sortez ! Dehors ! Dehors ! »

Mais je suis ivre de fatigue. Le vertige déséquilibre mes pas et les bestioles en profitent pour me plaquer violemment contre le sol. Je sens le froid rude brûler contre ma joue, j’entends les cris hautains de victoires retentir contre les murs. Bientôt, c’est une douleur insupportable qui traverse mon corps et m’arrache des cris de bête. Et telle une proie séquestrée, je suis prise de panique. Je sens mon cœur se serrer, mes os craquer, mes boyaux cramer sous le poids affligeant de leur méchanceté, et cela attise encore plus leur hâte. Elles creusent profondément là où c’est plus tendre et délicieux.

Elles s’arrêteront bientôt mais elles laisseront, comme elles le font toujours, un peu de vie se recomposer pour mieux savourer sa destruction. Leur passage a cet effet prodigieux. Je suis à chaque fois une nouvelle personne, toute neuve. Faite de rage et de rancœurs. Et en leur compagnie j’ai pris l’habitude de célébrer l’angoisse et la peur.

Chapitre 3 : En soi.

« Qui suis-je…
                                            Que suis-je ? »

Suis-je vraiment ce corps qui se décompose et qui pue, mais qui refuse de finir en miettes ?

Le cœur est las et des fois il hoquette. À des sursauts de lucidité, Il éclate en épines acérées et traverse sa cage, enfonce ma chair, me fait cracher et ravaler mon propre sang. La douleur est vive, intense, brutale. Elle m’étouffe, je suffoque. Mais mon cœur est aveuglé par sa propre douleur. Je l’ai trahi, trompé, et aujourd’hui une énorme cicatrice laide lui traverse la figure, elle y restera gravée à tout jamais. Piégé en soi et dans soi, il ne peut que continuer à battre, à me battre. Que j’ai pitié de lui. Que j’ai pitié de moi.

Mais bientôt l’indifférence m’entraine et me soulage, et je me laisse aller au gré de sa marrée. Qu’elle est bonne. Elle ne pense à rien, ne ressent rien. C’est alors un autre silence, plus léger, moins exigent. Et dans ces ténèbres austères, l’indifférence me couvre et me couve. Elle me protège de ces minables petites bestioles. “Elle“, ne me dicte pas quoi faire. “Elle“, se contente de me regarder en souriant sans rien attendre de moi.

Qu’il est bon de penser que l’on n’y peut rien, que dans notre faiblesse l’on ne peut que céder. On est justifié, on est excusé, on est ignoré… Douce cachette à mes peur, arme dérisoire contre mes démons, image fourbe de force et de puissance.

« Indifférence…  
                        Avec toi, je peux décider de tout arrêter. »

Que l’on m’arrache sauvagement la chair, tels des chiens affamés, qu’elle se déchiquette en lambeaux, et que mon sang coule sans retenue que je puisse enfin clairement distinguer les ossements de ce corps fragile, qu’ils périssent en poussières, que je puisse m’évader de cette prison, que mon âme puisse enfin rejoindre Celui vers qui elle se languissait jadis d’attente.

Mais voilà que les bestioles m’assaillent de nouveau. Les bestioles… elles ne l’accepteront jamais. Elles me retiennent prisonnière, elles ne me laisseront jamais goûter au repos éternel. Et la vérité est que, je ne suis pas prête à les quitter de sitôt.

Drôles de créatures que ces petites bêtes… Elles donnent raison à ma folie. Elles alimentent mes ruminations, merveilleuse mélodie de plaintes et de souvenirs cruellement vivaces. Elles susurrent en voix suave les peines que l’on m’a faites, toutes les injustices dont je fus victime. Je les écoute, et j’ai l’impression qu’elles me comprennent, qu’elles connaissent mieux que quiconque ma douleur. Elles approuvent mon indignation. Elles me donnent raison. Elles m’aiment.

Chapitre 4 : Sourd espoir.

Qui a dit que l’ignorance était une bénédiction ?

Stupide naïveté… elle a détruit mon cœur jadis bon et innocent.

« Je les hais... 
                        Tous ! »

Mes cris résonnent encore dans ma tête comme me provenant d’un vieux rêve, ou d’un semblant de déjà-vu. Tout un mélange barbare de sentiments indomptables. Je cherche à trouver un réconfort dans ce chagrin maudit, ce désespoir sordide et pitoyable. Mais la nostalgie me prend, et je regarde derrière moi. J’observe mon être passé, égaré, perdu. Et je le contemple avec tristesse et regret. Qu’il est beau, qu’il est pur, qu’il est bon. Les résidus de ce que je suis aujourd’hui se décomposent à mesure que je découvre le gouffre qui nous sépare.

Est-ce déjà trop tard ? Ne peut-on supprimer toute cette tristesse ?

« Je t’appelle, je t’implore…
                                            Tu m’ignores. »

Cruel espoir, ne détourne pas le regard aussi vite.

« Regarde-moi ! »

Je ne suis plus qu’une pauvre dépouille de chair flétrie assaillie de regards impunément indiscrets. L’on m’agresse, l’on m’offense. Ces regards de vautours traversent audacieusement mon corps. Ces oiseaux de malheurs se font des messes basses devant mes peines qui gonflent au rythme de mon cœur perturbé.

Délivre mon âme de ces lourds carcans qui empoignent ma fierté ! Couds leurs becs à tous ces oiseaux de malheurs ! Laisse ta puissante lumière aveugler à leur tour ces yeux noyés de fourberie. Sales hypocrites !

« Et protège-moi… 
                        protège-moi de moi. »

Chapitre 4 : Chaleur tourmentée.

« Respire... 
                Qu’est-ce que le bonheur ?
Souris…
                Qu’est-ce que la joie ?»

Ton ironique, ton moqueur… ton sincère.

Je me laisse tourbillonner au gré de mes bestioles. Saurais-je bientôt les apprivoiser, ces petites voix, ces pensées si fugaces et pourtant si acerbes ? Ne puis-je être assez forte pour mener une révolte contre ce monde pervers et ingrat ? Mon monde… gracieusement affreux. Je mènerais ma meute, invincible et téméraire, la guiderais à travers l’étroitesse de cet esprit, les ténèbres de ce cœur pollué. Je détruirais enfin les murs de cette cellule crasseuse. J’entreverrais peut être quelques gouttes de lumière enfin.

« Elles t’aveugleront… »

Je serais forcée de fermer ces yeux habitués aux ombres. Ils ont trop longtemps été martyrisés devant toutes ces formes obscures et inhumaines qui s’invitent dans ma cellule… J’hésiterais longtemps devant cet éclat.

« L’accepterais-je… »

Si je me laisse faire, je sentirais peut être une douce chaleur tourmentée se répandre sur mon corps froid, triste, éteint, inconsolable.

La lumière sera infinie, et ne s’épuisera jamais. Elle sera clémente et généreuse, me cueillera, essuiera ces larmes restées figées sur ma peau, entourera de sa chaleur ce cœur qui grelotte et qui claque sous le poids de la solitude.

« Ramène-moi à la vie ! »

Je ne serais plus seule à lutter contre mes démons, ces fauves sanguinaires qui me gardent prisonnière. Elle me serrera secrètement dans ses bras sûrs, forts, tendres. Elle me cachera de ces bestioles.

« Existe-t-elle…
                         Pour de vrai ? »

Elle sera infinie et ne s’épuisera jamais…

Elle guérira mes marques, ces meurtrissures, tous ces coups encaissés à vouloir défendre un monde bon, beau et pur. Elle soutiendra mon âme fracturée, m’entourera de sa bonté naturelle.

Petites bestioles s’agitent. Les voix susurrent.

«Abandonne….
                      Abandonne…
                                        Abandonne-toi.»

Ont-elles peur que je les abandonne, elles ? Mes chères amies, bouffeuses de volontés, gardiennes fidèles de mes tourments, toujours attentives à mes malaises.

« Pour toujours…
                      Et à jamais. » 

La lumière…

« … n’existe pas. »

Mon cœur bredouille, bafouille.

« Oublie…
                      Oublie…

                                    Oublie-toi. »

Je suis étourdie et tourne comme une bête nerveuse autour de ma prison. Les portes sont emmurées, elles ne s’ouvriront plus jamais.

« Solitude…
                        Solitude… 
                                        Quand tu me tiens.»

Chapitre 5 : Prière malmenée.

« Puis-je mourir ? »

Non, même cela est trop pénible…

« Puis-je redevenir néant ? »

Faire marche arrière et refuser la vie, ne jamais avoir eu à connaitre ni le bien ni le mal. Ne décider de rien, ne penser à rien, cesser d’être tourmentée par une vie fragile, cette humanité fragmentée. Abandonner tous ces prérogatives, tout ce fardeau…

« Laissez-moi partir… »

Ai-je vraiment choisi la vie ? L’ai-je réellement fait en connaissance de causes ?

Petites bestioles conduisent ma main aveugle jusqu’aux murs de ma prison. J’arrive à deviner les mots creusés par mes ongles broyés. Je laisse ma main suivre le mouvement de ces formes que je devine au fur et à mesure. Bientôt sans m’en rendre compte je continue à gratter avec mon doigt sale, douloureux, froid, en suivant la courbe de tous ces mots.

Petites bestioles s’agitent…

« Non, pas comme cela. »

Affolée, je cherche un mur qui soit encore intact pour creuser les mots qui me viennent à l’esprit… qu’on me souffle… que les bestioles m’ordonnent de graver.

Je suis prise d’une fièvre subite et je gratte les murs comme une folle, persistant à faire demeurer tous ces mots qui me tuent à petits feux.

« Gratte…
            Gratte…
                        Gratte… 
                                     Bonne petite.»

Petites bestioles s’animent…

Je gratte avec toute la force qui me reste et ma peau frictionnée ne résiste plus ; un liquide sombre et poisseux s’en échappe à profusion dans un doux ruissellement.

Petites bestioles se calment, je pense qu’elles sont satisfaites de mon œuvre. Je m’effondre sur le sol, prise de spasmes incontrôlables.

Oui, voilà… que tous les mots crient l’horreur du fléau qui visite fréquemment mes plaintes, mes illusions, le prix de mon ignorance, mon misérable désespoir!

Chapitre 6 : Je suis Promesse.

Un tas git par terre. Il se soulève au rythme d’une respiration pénible. Mon corps ; magnifique reflet de ruines en décadence.

Le sol est rude, le sol est froid… Il me transperce telles des aiguilles venimeuses.

« Relève-toi ! »

Le venin se répand sur ma dépouille. Bientôt les bestioles accourront pour célébrer ma mort. Réjouissez-vous-en. Goûtez aux restes de mes vomissures, savourez-les. Je les sens s’approcher timidement d’abord, avant de laisser libre court à leur appétit vorace. Elle ronge mon esprit empoisonné par les illusions. Je suis agacée par la douleur…

« Bat-toi !»

… mais je reste immobile. Cela n’a plus d’importance. Il n’y aura pas d’affrontement sanglant ce soir. Je ferme les yeux. Je suis presque en paix.

Réveille-toi…

« Juste un rêve… »

Je cherche aveuglément ma plume épargnée dans mes batailles, mais j’abandonne très vite cette idée. Je n’ai plus rien à écrire.

Réveille-toi…

Pour la première fois depuis très longtemps je fais un rêve dans ma prison. C’est… étrange.

Réveille-toi…

« C’est toi, petite voix ? »

Je tends l’oreille de mon âme et je ferme les yeux à la douce mélodie de tes mots. Que tu m’as manqué ! Qu’il est bon de te retrouver !

« Petite voix ! »

Je te comprends enfin !

Mes joues se mouillent de larmes de soulagement et te rappellent au secours.

« Ouvre les yeux. »

Si je les ouvre, le ciel me sourira-t-il de nouveau ?

« Ouvre les yeux. »

La lumière… existe-t-elle vraiment ?

« Ouvre les yeux. »

Je veux qu’elle me garde dans Son infinie tendresse. Et… me pardonner.

« Ouvre les yeux. »

Une main me tire des profondeurs d’un abîme familier et douloureux. Un regard tendre me fixe droit dans les yeux et avec une voix douce et pleine d’attention me dit : « Je ne te quitterai jamais, tu n’es plus seule ».

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